DmC se démène comme un beau diable

29 janv. 2013
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  • Éditeur Capcom
  • Développeur Ninja Theory
  • Sortie initiale 15 janvier 2013
  • Genre Beat'em All

Difficile de prendre la relève d'un géant tel que Devil May Cry. Cette série de beat'em all révérée sur PlayStation 2 est aujourd'hui entre les mains du studio britannique Ninja Theory. Ce passage de flambeau entre l'ancienne et la nouvelle équipe a entraîné une volée de bois vert de la part de certains fans craignant que la série soit dénaturée. Beaucoup de changements sont au programme, certains bienvenus, d'autres moins. Même si, tel un Castlevania, DmC prouve qu'un remake peut être une bonne surprise, il n'est pas assuré d'être à la hauteur de son ascendance.

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Larmes de crocodile

Sans surprise, Dante est le héros de notre histoire. Anticonformiste notoire, il boit, découche et se heurte à l'autorité de manière répétée. Au delà de ses frasques nocturnes c'est son ascendance qui surprend. En effet Dante est un néphilim : le rejeton improbable d'un ange et d'un démon. La chose n'étant pas particulièrement bien vue dans les deux camps, Mundus, le roi des démons, tua sa mère et exila son père. En apprenant la vérité de la bouche de son frère jumeau, Virgil, Dante décide donc de rejoindre l'Ordre, une sorte de résistance luttant contre l'influence néfaste des démons. A la manière du film Invasion Los Angeles, Mundus et ses hordes de sbires contrôlent l'humanité depuis les ombres grâce à de vastes messages subliminaux. L'histoire vous amènera donc à détruire les sources d'influence de Mundus avant d'aller traquer le roi des démons en personne siégeant en haut de sa tour. C'est un vaste programme qui vous attend. Comme dans la série originale, le scénario est ridicule. Mais là où les vieux Devil May Cry s'en servaient comme prétexte, l'histoire est ici mise au premier plan. Ninja Theory est connu pour son travail incroyable de motion-capture sur Heavenly Sword et Enslaved, ici encore le résultat est bluffant et plus vrai que nature. Hélas, cette fois le scénario a été écrit en interne et n'a tout simplement ni queue ni tête. Les dialogues sont abyssaux de nullité et le côté spectaculaire des cinématiques est en dents de scie. Le protagoniste est insupportable. Au delà de son apparence polémique, c'est surtout son humour rappelant Michel Leeb dans ses heures les plus sombres qui agace. Dante est juste "un sale con", n'est pas drôle et il est impossible de développer la moindre empathie pour lui ou pour sa quête.

Les graphismes vont littéralement vous retourner.

Beau à se damner

La première chose qui interpelle sur ce remake, c'est la beauté des graphismes. Ninja Theory a réellement poussé l'Unreal Engine 3 dans ses derniers retranchements. Les décors sont sublimes, se transformant au fur et à mesure de la progression dans les limbes, reflet démoniaque de notre réalité. Cette pirouette dimensionnelle est l'occasion d'assister à de superbes environnements, plus variés les uns que les autres. La boîte de nuit se transforme en univers virtuel ultra-coloré, la tour d'une chaîne de télévision reflétée dans un monde aquatique. Bref, la direction artistique de DmC laisse pantois. Le rythme impressionne également par la variété des situations présentées : jeu télévisé sadique, exploration d'un métro inversé, aider ses alliés à échapper à un tremblement de terre, etc. DmC parvient à maquiller le simple fait d'être en face d'un beat'them all et avec brio. Mais tous ces jolis petits dioramas sont en fait réservés à un nouvel aspect intégré à la série : la plate-forme. Dans tous les niveaux, Dante doit enchaîner planer, sauter, s'agripper à des crochets mystiques pour se déplacer. Étrangement, malgré la caméra libre, le calcul des sauts est assez capricieux et les sauts dans le vide se multiplient très vite. Résultat des courses, les séquences de plate-forme, censées être secondaires, font perdre plus de vie que les combats eux-même.

Bluffants en apparence, les boss se révèlent très décevants.

Le choix des armes

Pas d'inquiétude, le combat reste le cœur du jeu. En apparence, le système reste le même. Des armes à feu activables avec Carré, et une épée disposant d'une attaque terrestre et d'un launch aérien. Le combat peut se faire en l'air ou sur la terre ferme. Jusqu'à là, nous sommes en terrain connu. Plutôt que d'adopter les styles propres au vieux Dante (Trickster, Gunslinger, etc.), DmC tente une nouvelle approche en rapport avec l'histoire. Dante possède un côté angélique et démoniaque, que vous retrouvez au travers de deux types d'armes activées avec R2 et L2. En laissant appuyer l'une de ses gâchettes, Dante abandonne son épée iconique Rébellion pour utiliser un marteau géant, une faucille, des chakrams ou encore des poings gigantesques. Les coups deviennent différents ainsi que le style de combat : les armes angéliques sont rapides et enchaînent les combos alors que les armes démoniaques sont lentes et brutales. Le système de ranking et d'objets est toujours présent. Collecter des orbes multicolores pour débloquer des améliorations, acheter des objets, etc. Le combat est donc varié et très agréable. Bien mise en scène, vous vous plaisez à détruire des hordes d'ennemis, d'autant plus que leur design est plutôt bien réussi dans l'ensemble. L'absence de verrouillage de cible est également assez effarante. Si le verrouillage automatique est souvent bien pensé, il en demeure assez frustrant lorsque vous cherchez à viser une cible lointaine par exemple.

Les séquences de plate-forme peuvent se révéler assez délicates.

Mort à l'arrivée

Du coté des boss, par contre, c'est assez risible. Encore une fois, les développeurs font une mise en scène du tonnerre mais le fond est creux. C'est simple, les boss ne demandent aucun effort et ne bougent pas. Les habitués des combats homériques de Devil May Cry 3 auront envie de pleurer. Le devil trigger est assez étrange. Coup de pouce indispensable auparavant, il ne fait que propulser les ennemis en l'air, ce qui est au final plus handicapant qu'autre chose. La responsabilité du jeu est assez impressionnante. Après avoir terminé la campagne au bout de sept-huit heures, vous pourrez retenter l'expérience dans les nombreux modes de difficulté accessibles : "Dante must Die", "Heaven or Hell", etc. Un mode supplémentaire "Bloody Palace" est également prévu sous forme de DLC. De quoi sustenter les joueurs les plus endurcis. Il y a de nombreuses choses à faire dans les niveaux eux-même. En plus du ranking SSS à obtenir, de nombreuses missions secrètes sont accessibles. Réservés aux joueurs les plus téméraires, ces dernières vous imposent des conditions souvent injustes pour obtenir des objets augmentant votre vie. Côté sonore, le doublage, en adéquation avec la motion-capture, est d'excellente qualité, tout comme les effets sonores. La musique n'est pas désagréable non plus, pour peu de ne pas être allergique aux grosses guitares qui tâchent.
Les Plus
  • Une excellente direction artistique
  • Mise en scène bluffante
  • La variété des situations et des environnements
  • La richesse du système de combat
Les Moins
  • Les séquence de plate-forme poussives
  • L'histoire et les dialogues abyssaux
  • Les boss ratés
Résultat

Si le remake de Ninja Theory est un bon jeu c'en est également un mauvais Devil May Cry. La forme est irréprochable, mais le fond l'est beaucoup moins. Le développeur anglais a mis les petits plats dans les grands pour que vous passiez un très bon moment afin d'en prendre plein les mirettes. Dommage que l'histoire ubuesque et les dialogues pitoyables viennent ternir cette harmonie visuelle. Au delà de ces petits désagréments, ce DmC : Devil May Cry reste la meilleure sortie de ce mois de janvier.